Tableaux d’Iran – Chris Garvi, Pauline Alioua

Tableaux d'Iran - Chris Garvi, Pauline Alioua
©Chris Garvi

Voyager en ce moment c’est assez compliqué vu le contexte sanitaire, heureusement qu’il y a toujours la photo pour nous changer les idées et les livres pour pouvoir nous occuper et nous évader depuis chez nous. Chris Garvi et Pauline Alioua viennent de publier leur tout nouveau livre aux éditions Arnaud Bizalion, Tableaux d’Iran. Le couple de photographe marseillais nous emmène dans les rues d’Iran, un pays dont on parle souvent à la télévision mais que l’on ne connait pas vraiment. Chris et Pauline ont photographié ce pays chacun à leur manière pour créer ce livre au format tableau !

Tableaux d'Iran - Chris Garvi, Pauline Alioua
©Chris Garvi

Sommaire

Chaque photographie est l'autoportrait d'un photographe à un instant de sa vie

Leurs travaux commun nous montrent un autoportrait de leur couple à un instant de leur vie commune. Que ce soit seul ou en couple, Chris et Pauline travaillent sur ce qui les touche directement. C’est dans leur vie intime et/ou personnel qu’ils puisent leur inspiration et leurs envies.

Pauline publie un livre après une rupture : Phantomatic.
Chris et Pauline publient leur premier livre commun : Plein coeur. Puis sur leurs origines communes : Dans le creux du manque.
Chris réalise récemment un petit carnet pour sa fille qui vient de naitre : Tout ce que tu n’as pas vu, et prépare un prochain livre sur sa ville : Marseille.

Chris avec son Leica, est très rapide, furtif et organise ses cadres en fonction de la lumière et du mouvement de ce qui l’entourent. Pauline, elle travaille de manière différente, elle prend son temps pour la préparation et se déplace tranquillement.
Sans vraiment s’imposer de lieu ni de sujet, leurs deux écritures finissent par s’entendre, leurs photographies, couleur et N&B, s’accordent pour former un dialogue.

©Pauline Alioua
©Pauline Alioua

Chris Garvi et Pauline Alioua viennent de publier leur tout nouveau livre aux éditions Arnaud Bizalion : Tableaux d'Iran. Ils ont photographié ce pays chacun à leur manière pour créer ce livre au format tableau !

La necéssité de ce voyage en Iran

Après avoir voyagé autour de la méditerranée c’est en Iran qu’ils réalisent leur dernier livre, Tableaux d’Iran. Cette fois-ci contrairement au Maroc ou à d’autres travaux réalisés ensembles ou seuls, le couple de photographes arrive en terre inconnue. Je ne sais pas s’ils avaient une idée de ce qu’ils voulaient réaliser en arrivant à Téhéran. Ils ont l’habitude de travailler en duo et d’avoir des projets communs.

Pourquoi l’Iran, je ne leur ai pas posé la question mais connaissant le couple et leur travaux, je sais que leurs voyages dans les pays d’Afrique du Nord les a beaucoup inspiré. La lumière de la méditerranée, les couleurs profondes, les habitants des pays traversés au caractère souvent brut et direct mais finalement accueillant et simple une fois la glace brisée (ou fondue, vu la température… je sors). Il y a quelques années Pauline offre à Chris l’un des livres qu’il voulait depuis un moment, Telex Persan de Gilles Peress (Ce livre constitue un document fort réalisé lors d’un évènement majeur en Iran fin 1979, la saisie de l’ambassade des USA et sa prise d’otage, le livre représente plutôt un journal personnel du photographe à ce moment là) Chris et Pauline s’attachent à cette histoire, la passion qu’a Pauline pour le cinéma à surement aidé à garder l’Iran dans un coin de leur tête pour aller voir de leur propres yeux à quoi ce pays ressemblait vraiment…

©Chris Garvi
©Chris Garvi

Photographier la vie quotidienne d'un pays

Tableaux d’iran constitue une nouvelle étape dans leur travail photographique commun, d’abord par le livre, l’objet, son grand format et ses images imposantes permettent de s’immerger dans leur travail. Chris gravi et Pauline Alioua se déplacent dans le pays et photographient ce qu’ils voient sur leur passage, la vie quotidienne des habitants du pays, non pas sous forme de document d’actualité ou de portraits, ils sont des passants discrets et curieux. Ce travail pour Tableaux d’Iran m’a fait penser à leur premier livre “Plein coeur“, un voyage en voiture à travers l’Europe sans but précis, juste une envie de montrer encore une fois un quotidien des pays traversés côte à côte. Ici c’est un peu différent car le format du livre et donc des images finales sera sous forme de tableau, le cadre jouera un rôle primordial dans ce projet.

A la manière de leurs premiers livres ils confrontent leurs images, Chris avec son Leica M6 et Pauline a utilisée pour ce voyage deux appareils, un Nikon FM2 et un Nikon EM. L’un photograpahie la couleur et les mouvements des rues iranniennes, l’autre d’une manière plus posée capture les scènes en N&B. Je vous parlais d’appareils photo juste avant, non pas que je trouve cela indispensable de savoir quels appareils et quels objectifs ils utilisent mais une histoire inattendue est arrivée à Pauline durant les premiers jours sur place… C’est arrivé à tout le monde de perdre ou casser une optique ou un appareil en cours d’utilisation, seulement lorsqu’on est sur un projet à l’étranger dans un pays dans lequel on ne pourra pas revenir tous les jours et qu’on perd son appareil photo, c’est un choc quand on s’en rend compte et un stress énorme ensuite. Pauline à perdu son FM2 mais cela ne l’a pas empêché de pouvoir terminer ce projet, le couple s’est débrouillé de trouver un nouvel appareil en Iran pour pouvoir continuer, j’imagine que c’est la raison pour laquelle certaines images sont un peu voilées – l’appareil n’était surement pas au top de sa forme – qui au final s’intègrent très bien dans le livre (la magie de l’argentique…).

©Pauline Alioua
©Pauline Alioua

Des couples de photographes qui publient des projets communs ce n’est pas tous les jours qu’on en trouve, Chris et Pauline en font partis. Leurs personnalités photographiques diffèrent(leur manière de photographier, couleur et N&B, la distance). Mais lorsqu’ils lient leurs images c’est en général une belle histoire qui en ressort avec un fond poétique.
Chris montre l’action qui se déroule sous ses yeux, Pauline suggère une histoire de cette même scène ou de ce qu’il se passe hors champs, parfois c’est l’inverse si l’un est proche l’autre montre un champ plus large dans une vision différente par le cadre, la couleur ou l’action.
Lorsqu’on parle d’argentique beaucoup affirment directement que c’est “la vraie photo”, seulement dès qu’il y a trop de grain ces mêmes personnes disent que la photo n’est pas bonne etc… Chris et Pauline sont au delà de ça, ils pratiquent l’argentique non pas pour la mode mais par conviction, le grain fait partie de leur vie de photographe. Dans Tableaux d’Iran Pauline crée des images calmes ou douces parfois, cette distance qu’elle garde ajoute un peu de poésie, au contraire de certaines images de Chris dans lesquelles le grain de la photo est nettement visible et où la distance avec les sujets est presque au contact (visuel ou physique). Il va chercher la moindre trace de lumière sur certaines vues, j’aurai vu ces images seules et isolés du travail ça m’aurait pas parlé, ici dans le livre, mêlées aux images de Pauline plus douces dont les noirs sont plus des gris légèrement contrastés, l’équilibre est là et il se trouve que ces images au grain fort sont parmi mes préférées au final.

Le dialogue entre leurs photos placées souvent en vis à vis se fait parfaitement, un éditing rondement mené à tel point que j’ai l’impression que les rôle s’inversent parfois. Pauline est beaucoup inspirée par le cinéma alors que je trouve que le travail de Chris en Iran est très cinématographique (les cadres et couleurs). Chris aime beaucoup le poème et l’écriture alors que je trouve les images de Pauline ici très poétiques et suggèrent une interprétation du lecteur qui se fera sa propre histoire de l’image (guidé par celle de Chris en face).

Un livre tableau

Je ne décris pas précisément les images du livre dans l’article, vous pouvez en voir plus bas, car c’est compliqué de décrire un travail à quatre mains (quatre yeux plutôt) tant les images sont différentes et accordées à la fois. C’est un travail réussi et bien au delà des précédents livres du couple !
Le grain et les contraintes de l’argentique sont visibles dans le livre et ce n’est pas pour nous déplaire. La mise en page, elle, nous donne du dynamisme par la disposition des images parfois décalées ajouté à l’emploi du bord perdu en pleine page et en vis à vis, ce bord perdu qui est à mes yeux parfois un peu trop utilisé, j’aurai préféré voir les doubles pages avec une seule photo encadrée par 4 bords ou en bords perdus entièrement.
Les pages s’ouvrent à plat pour une lecture agréable et cette aspect tableau, ce grand format permet de s’immerger dans leur voyage. Vous pourrez même, pourquoi pas, ouvrir le livre à la page de votre choix et exposer ces photographies comme des Tableaux d’Iran dans votre maison.

Éditeur : Arnaud Bizalion Editeur
Pages : 144
Format : 38 x 27 cm
Couverture : Rigide

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