Joshua K. Jackson – Sleepless in Soho

Photographier sa propre ville sans rentrer dans le cliché ou bien se lasser des lieux n’est pas chose aisée, beaucoup de photographes vous le diront… Sans compter le fait d’arriver à voir ce que l’on ne voit plus, tellement on y est habitué. Joshua K. Jackson le fait depuis des années à Londres, et il le fait avec brio ! Pour achever son projet sur Sleepless in Soho (aux éditions Setenta Books) le photographe a arpenté les rues de ce célèbre quartier de la capitale anglaise durant trois années (2017 – 2020).
Sur son site perso Joshua décrit son travail comme centré sur la vie dans les villes et un besoin d’explorer la relation entre les personnes et les lieux…

Sleepless in Soho nous fait traverser ce quartier de nuit placé au centre de Londres. Connu pour son hyperactivité de jour comme de nuit, Soho a servi au photographe de traitement pour ses insomnies, lui permettant peut-être de se changer les idées, penser à autre chose ou simplement passer le temps…
Les photographies de Joshua me font penser à celles de Saul Leiter et son livre Early Color et plus généralement à son travail sur New York durant toute sa carrière. Ici les couleurs sont celles de la nuit, des néons et des reflets, on marche, on regarde et on imagine la vie de ceux que l’on voit. Sleepless in Soho est monté en trois parties marquées par des textures de pages différentes. La première de couverture non collée au corps du livre permet d’ouvrir chaque pages à plat, on se sent à l’aise et on peut passer du temps sur chaque photographie.
Le lecteur se retrouve spectateur de la vie nocturne de Soho, les scènes présentées sont presque hollywoodiennes, le jaune, le rouge et le bleu sont omniprésents tout comme la présence de surfaces vitrées permettant de nombreux jeux de reflets. Malgré la vie et l’activité apparente la solitude de l’insomniaque et la mélancolie sont là : un dernier verre entre amis, un baiser secret, l’attente… Le photographe n’entre pas en contact avec les personnages, Joshua K. Jackson avait confié à un journaliste qu’utilise pour ce projet (comme pour la plupart de ses travaux) un objectif 50mm, très adapté au portrait, il garde une certaine distance et observe la vie autour de lui. On essaie d’imaginer l’histoire derrière les photographies :
Ce que se raconte ce couple derrière la vitre d’un bar, la femme accrochée au col de son compagnon. Elle lui parle avec conviction et lui la regarde dans les yeux…
Trois verres vides, deux paquets de cigarettes sur une table et deux chaises écartées, le tout plongé dans une lumière rouge. Un groupe d’amis vient de partir pour poursuivre la soirée autre part ?
A quoi pense cette femme adossée à ce mur bleuté par un néon. Seule à l’extérieur, elle fume une cigarette le regard plongé dans le vide de la rue…

La lumière des néons ravive la solitude de la nuit, la distance des sujets et les vitres des bars, restaurants, et autres bâtiments nous mettent en position de spectateur, on se demande parfois si on est pas en train de rêver, chaque images marquant un micro sommeil rythmant l’insomnie de chaque nuit passées. Comme si lorsque au moment où le réveil sonne on se demande si cela s’est vraiment passé ou si c’était simplement un rêve…
L’absence de texte permet au lecteur de s’approprier chaque image et de les interpréter à sa manière. Joshua K. Jackson termine Sleepless in Soho par un extrait d’un poème de Sarah Tucker, ces quelques vers pour raconter ses insomnies et ce qu’il a photographié pendant ces trois années.

Éditeur : Setanta Books
Pages : 72
Format : 26 x 33,5 cm
Couverture : Rigide

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